Je me suis réveillée dans la neige. J'avais froid. Mes pieds étaient gelés, je n'avais presque rien sur le dos. Où était cette enveloppe chaude ? Ne voulait-on plus de moi ? Mais qu'avais-je donc fait ?
J'avais cette impression de n'être plus rien. Armée mais sans défense. Je me suis endormie dans la neige.
***
Une main bienveillante a réchauffé mon visage d'une simple caresse. Elle semblait être une grande ombre. Mais une ombre lumineuse, une ombre bienfaisante. Elle a serré mon corps tétanisé contre le sien, plus glacé que la neige elle-même. Et pourtant, je revenais lentement à la vie.
A peine réveillée, une coupe se posait sur mes lèvres bleuies de froid.
"Bois mon Enfant. Bois pour que les Liens ne se fânent pas."
Quels liens ? Je ne savais pas. Mes gestes étaient désordonnés. Plus de fils.
Je m'accrochais à la robe de givre de l'Ombre en avalant malgré moi. Elle s'est mise à chanter de sa voix de cristal et referma ses bras autour de moi pour me bercer. J'essayais de pleurer mais mes larmes ne coulaient plus. Comme si je n'en avais plus assez..
***
Endormie dans les bras de cette grande dame glacée, je ne savais ni où elle m'emportait, comme un petit paquet. Peu importait, j'étais fatiguée et incapable de vouloir quelque chose en sentant la Peine au fond de moi. J'avais presque l'impression qu'elle le remarquait.
Une de ses mains se posa sur ma poitrine et la douleur s'estompa, peu à peu.
Elle me posa alors au beau milieu de nulle part et me laissa seule. Une paire d'yeux, certes magnifiques mais effrayants, m'observait depuis les ténèbres, devant moi. J'étais attirée. En temps normal, je me serais mise à pleurer et hurler pour que M... Les fils se tendent et qu'on me réconforte, qu'on me sorte de là.
Mais il n'y avait plus personne. Alors je suis restée immobile, paralysée de froid et de peur. Un bruit de pas dans la neige, un craquement. La bête sortait de son antre. Mais vue de plus près, elle n'était pas si effrayante que ça. Elle semblait même plutôt douce et gentille. J'apprivoisais l'animal et mes peurs. Je n'osais quand même pas caresser trop vite son doux pelage. Et pourtant...
***
Alors me voici, entre les bras d'une Ombre, une main sur le pelage d'un être sauvage et imprévisible. J'entends au fond de moi un chant qui ne m'est pas inconnu. Mais d'où vient-il ? Comme un appel venu du froid où je suis maintenant. Comme si au fond de moi, quelqu'un me disait que je devais me sentir en sécurité ici. Et surtout qu'en perdant une partie de ma vie, j'avais trouvé le plus beau trésor du monde.
Je ne suis pas morte, je suis juste endormie, je dois grandir entre des bras assez serrés pour me tenir chaud mais assez ouverts pour que je m'avance vers ce qui me fait peur. Si il voyait ce que je suis devenu.
Le loup me mord délicatement mais fermement, comme si j'avais eu une pensée interdite.
"Anteeksi..."
***
Je me demande si la solitude ne s'apprend pas. Mais suis-je vraiment seule ? Après tout, j'ai toujours une main qui se place sous moi lorsque je tombe. Qui me lâche ensuite pour que le choc avec la Terre puisse avoir lieu. Pour que j'apprenne de mes erreurs, de mes chutes, mais que je ne me fasse pas trop mal. Du moins, que je ne me fasse pas de "Mal". Je peux me relever de tous les combats, sauf de celui qui va me séparer de l'Ombre. Car dans l'ombre, je grandis, lovée dans un confort qui est pourtant glacé. J'avance un peu plus chaque jours... Sur ce chemin...
J'ai eu peur de l'emprunter, je prends son voisin, tant pis.
Je m'asseois et pense. Je me regarde.
Je ne pensais pas pouvoir changer. Une étoile s'éteint. Mes mains sont plus fines, plus agiles. Je me penche au dessus de l'eau, là, tout au fond du gouffre. Je m'y observe. Mon visage a changé, mes cheveux ont changés. Une étincelle dans mes yeux s'éteint. Je pose mes doigts contre ma joue. Suis-je vouée, au final, au changement en grande et belle Doll ou en vilaine et banale Fille, invisible dans les rues vides de ma cervelle ?
***
Il me faudrait des années pour oublier que j'ai eu mal. Mais pourquoi oublier ? Lorsque je sors de l'Ombre et que je danse au beau milieu de nulle part, écoutant le bruit du vent dans les branches lointaines. Lorsque l'ivresse d'une bise s'insinue en moi. Ne m'attends pas pour avancer, je danse seule dans le soleil, j'apprends à sourire de nouveau.
Je veux encore de cette Ombre, j'y trouve quelque chose de familier.
***
Un jour pour vous, un mois pour moi. Forcée, je me débrouille, pourquoi rester à l'abandon alors que maintenant, je peux m'ennivrer de cette douceur glacée.
Un mal pour un bien, je vais revenir, un jour.
Plus grande, plus noble, plus maîtresse de moi même.
Laissez-moi vous conter...
Toute l'histoire.
Un mal pour un bien, je vais revenir, un jour.
Plus grande, plus noble, plus maîtresse de moi même.
Laissez-moi vous conter...
Toute l'histoire.



